Le titre, est volontairement absurde. “Bedized” est un archaïsme anglais rare signifiant “orné de façon excessive, chargé de parures” — et “pudding” renvoie au dessin enfantin, à la chose molle et informe. Mis ensemble, c’est un titre délibérément non-sens, dans la veine Dada, qui dit quelque chose d’essentiel sur la démarche d’Appel à cette période : il refuse le titre explicatif, le commentaire, l’intention déclarée. L’œuvre est là, violente et joyeuse, et elle n’a pas à se justifier.
Ces têtes viennent de partout et de nulle part : de l’art des enfants qu’Appel a toujours revendiqué, des masques africains et océaniens, des fresques qu’il peignait à l’époque CoBrA, de sa propre gestuelle accumulée sur trente ans. Ce ne sont pas des portraits. Ce sont des archétypes — primitifs, drôles, menaçants, tendres. “Je peins comme un barbare dans un siècle barbare” , disait-il. La Bedized Pudding est l’une des démonstrations les plus abouties de ce que cette phrase signifie concrètement : une énergie qui n’a pas besoin d’explication, une couleur qui frappe avant de se laisser regarder.