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Karel Appel - Woman with golden eye  (from Happy meeting), 1974

Karel Appel - Woman with golden eye (from Happy meeting), 1974

2 700,00 €Prix

Technique : Lithographie, gaufrage métallique 

Support : Papier arches

Numérotation : EA

Signature : Signée à la main

Dimensions feuille : 66x84.6cm
Condition : Très bon état

 

Authentification : Vendue avec certificat d'authenticité de la galerie & Facture de la galerie. Publiée par Editions Press, San Francisco.

  • THE HAPPY MEETING

    L’art de Karel Appel a toujours été consacré à briser les barrières.

    Jeune artiste venant tout juste d’achever une formation académique conservatrice à l’Académie Royale d’Amsterdam, il devint l’un des fondateurs du mouvement Cobra, groupe d’artistes hollandais, belges et danois qui se révoltèrent contre la tradition géométrique du modernisme d’avant-guerre par un primitivisme brut et violent, constituant un contrepoint à la naissance de l’Expressionnisme abstrait aux États-Unis.

    Inspiré, comme Dubuffet, par l’art des peuples dits « primitifs », des enfants et des « fous », Appel accéda rapidement à une place majeure parmi les peintres expressionnistes d’après-guerre les plus violents, travaillant dans un style spontané et automatiste fait de pigments denses et éclatants, de formes élémentaires tourbillonnantes évoquant parfois des créatures préhistoriques ou des visages semblables à des masques. L’énergie impulsive d’Appel le poussa également à dépasser les limites du tableau peint pour réaliser d’immenses fresques murales ainsi que des sculptures monumentales en bois et métal, éclaboussées de couleurs vives et dramatiques.

    Au fil des années, alors même que la révolution artistique était devenue une tradition consacrée, l’art d’Appel s’est adouci et est devenu plus lyrique dans son esprit, sans perdre pour autant la vivacité de sa couleur ni l’intensité dynamique de ses formes. L’assaut frontal a laissé place à une impulsion plus expansive visant à créer des ponts entre les médiums artistiques (depuis plus d’une décennie, il expérimente notamment la musique électronique mixée), entre les traditions nationales et culturelles (ces dernières années, Appel a beaucoup voyagé au Népal et dans d’autres régions d’Asie du Sud-Est, absorbant des éléments subtils de leurs traditions artistiques et de leur esprit synthétique et unificateur).

    Il est donc particulièrement approprié que la suite de lithographies produite pour Editions Press soit intitulée The Happy Meeting. Il est également caractéristique qu’Appel ait créé ces six estampes au cours d’une période de trois jours d’activité intense et concentrée dans l’atelier d’Editions Press à San Francisco durant l’hiver 1973-1974 et qu’il ne se soit pas contenté, ce faisant, de poursuivre les techniques lithographiques traditionnelles auxquelles il s’était principalement limité lors de ses précédentes incursions dans ce médium.

    Comme de nombreux artistes majeurs ayant trouvé dans les ateliers d’Editions Press une combinaison unique d’artisans extrêmement qualifiés et d’une atmosphère informelle ouverte aux idées nouvelles, Appel a profité de ces circonstances pour expérimenter de nouveaux concepts ambitieux ou saisir des « accidents » heureux afin de voir jusqu’où ils pouvaient le mener.

    Les six lithographies de ce portfolio représentent ainsi la première utilisation par Appel de fonds en feuilles d’or et d’argent, sur lesquels les images lithographiées ont été minutieusement « collées » — découpées puis fixées sur chaque estampe individuelle. Ce procédé confère une opulence luxuriante et sensuelle à des images aussi audacieuses et éclatantes que Woman with Golden Eye, Child Jumping on Blue Hat ou Flying Hat Meets Sleeping Dog. Son œuvre She is Back Again comporte deux et même trois « terrasses » embossées dans la surface de l’estampe afin de créer des formes fluides et des rythmes en relief qui parfois font écho, parfois s’opposent aux formes définies par la ligne et la couleur — autre « première » pour Appel. Waiting for the Second Kiss est, il est vrai, une lithographie conventionnelle et directe, mais, comme la plupart des autres lithographies de cette série, elle contient presque une douzaine de couleurs différentes.

    Les estampes révèlent une diversité équivalente de styles et de nuances d’expression. Woman with Golden Eye démontre la manière profondément personnelle qu’a Appel de laisser une simple ligne vagabonder, s’égarer et s’entrelacer sur elle-même jusqu’à suggérer une image que chacun peut reconnaître — sans qu’elle soit nécessairement réellement une « femme à l’œil d’or » — car chez Appel, comme dans l’art des enfants, on soupçonne souvent que le titre vient après le fait, après l’image elle-même, et que nous sommes libres d’y lire ce que nous voulons.

    Dans Come Back Pussy Cat — comme dans la plupart de ses autres estampes — une ligne noire et audacieuse erre à travers des zones de couleurs vibrantes aux contours déchiquetés et libres, qui sont en un sens aussi des lignes s’étant aplaties pour devenir des formes. Toutes semblent animées d’un mouvement propre, transmettant une sensation d’énergie immense et de génération spontanée ; pourtant elles finissent par se rassembler — autant dans l’imagination du spectateur que sur la feuille imprimée — pour former des images aussi ambiguës et évocatrices qu’elles sont superficiellement audacieuses et puissantes.

    « Lorsque j’utilisais le rouge dans mes anciennes peintures, cela signifiait généralement le sang et la violence », déclara récemment Appel. « Aujourd’hui, il est plus probable qu’il représente la lumière ou le ciel. » Cela peut être vrai, et certainement la première impression qui frappe le spectateur de ces lithographies est celle de leur fantaisie apparemment débridée et de leur bonne humeur. Mais à y regarder de plus près, on se demande si tout est réellement aussi fortuit dans ce monde d’innocence enfantine et de délice qu’évoque l’œuvre d’Appel. Pourquoi ce garçon saute-t-il sur ce chapeau ? Pourquoi cette insistance sur les « visages » et les figures qui semblent d’une certaine manière isolées les unes des autres, tant sur le plan pictural que psychique ? Pourquoi, dans un portfolio intitulé The Happy Meeting, trouve-t-on autant de thèmes liés à la séparation — Come Back Pussy Cat, Waiting for the Second Kiss, She is Back Again — fait d’autant plus troublant que la petite figure recroquevillée à gauche paraît décidément malheureuse ? Sous la gaieté et le charme de ces estampes, il me semble qu’Appel suggère avec force les courants plus sombres et tragiques qui sous-tendent l’innocence et les rencontres, et c’est cela qui donne à son œuvre sa puissance étrange, déstabilisante et désarmante.

    — Thomas Albright
    Critique d’art, San Francisco Chronicle

     

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